28 août 2007
Les questions ons 3
« Hiroyuki,
je peux te poser une question? ».
« Oui, vas-y » Il pose ses coudes sur la
table et prend son air « je m'attends à tout ».
« C'est vrai qu'il y a des ours vers Aizu? »
Sourire.
« Absolument. Des petits ours. »
« Et on peut les voir? »
« Normalement non. Ils sont assez peureux. Mais bon, si
tu pars en forêt chercher des champignons et que l'ours a la
même idée... il est possible que vous vous retrouviez
nez à nez... Il sourit. Par contre, c'est vrai qu'ils
ont tendance à s'approcher de plus en plus des villes... Il y
a deux ans, on a eu un problème. Un ours, moins peureux que
les autres, s'était mis à rôder à
proximité d'Aizu... Il croisait fréquemment la route
des écoliers.
Une chasse à l'ours a donc été
lancée mais je sais pas trop comment ça s'est terminé.
Un jour, on a cessé d'en parler. Il a dû repartir de son
propre chef. »
« Ah... »
Hiroyuki attend. Il me regarde en souriant : « Une
autre question peut-être ? »
« Euh... Ces ours, ils grimpent aux arbres ? »
« Oui ! Si tu en croises un, pas la peine de t'agripper
à une branche ! »
« Il faut faire quoi alors ? »
« Aucune idée...
Faut juste t'arranger pour ça n'arrive pas! »
Jérôme intervient :
« Courir en zigzag, faut courir en zigzag ! »
« Hein ?! »
« C'est comme ça qu'on fait pour les
crocodiles... Si tu cours tout droit, ils te rattrapent ; si tu fais
des zigzags, ils deviennent patauds et tu les sèmes ! »
« Ouais, mais les crocos, ils grimpent pas aux
arbres. »
Silence et regards croisés.
« Non, ils grimpent pas »
Désolée mais j'adore ces brèves de comptoir qui ne veulent rien dire...
22 août 2007
Les questions ons 1
"Hiroyuki, je peux te poser
une question ? ».
"Oui, vas-y". Il
pose ses coudes sur la table et prend son air « je
m'attends à tout ».
"Au sein des couples,
est-ce que vous vous donnez des petits surnoms affectueux ? »
Jérôme manque de
s'étrangler : je suis quand même en train de parler à
son boss.
« Hein ? Euh... Attends...
hum. On peut s'appeler anata. »
« Anata ? Mais c'est « tu » en
japonais ? »
« Oui. »
« Mais quand on dit « tu »
à un Japonais, c'est aussi familier que cela ? »
« Hum, en fait, « anata
wa », c'est le « tu » ; « anata »,
tout seul, c'est l'équivalent de chéri.»
« Ah bon. »
Un ange passe.
« Oui, mais à part
anata, vous ne vous donnez jamais de sobriquets plus personnalisés
? »
« Euh, non, je ne crois
pas... »
« Mmm. En France, par
exemple, il y a pas mal de couples qui, entre eux, s'appellent par
des noms d'animaux. »
« Ah ? »
« Oui, par exemple, mon
petit cochon... »
Jérôme écarquille
les yeux. Je cherche fissa un autre exemple mais le seul truc qui me
vient, c'est :
« ...mon lapin... »
Hiroyuki éclate de rire.
« C'est comme ça que
tu appelles Jérôme ? »
Rires.
« Non. Ce sont les autres
qui font ça. Hein, anata ! »
« Eh bien non. Au Japon, on
n'a pas d'équivalent. Hihi, mon lapin... Ces Français
alors ! »
Les questions ons 2
« Hiroyuki, je peux te poser
une question ? ».
« Oui, vas-y. » Il
repose ses coudes sur la table et reprend son air « je
m'attends à tout ».
« A Aizu, il y a beaucoup de
Japonais qui nous demandent si on est Chinois. Tu as une explication
? »
« Hein ? Bah c'est bizarre.
T'es blonde quand même. Et Jérôme ne ressemble pas
non plus à un Asiatique... Bah, j'en sais rien. Ca vous arrive
ailleurs ? »
« Non, qu'à Aizu... »
Jérôme approche l'oreille.
« Hum. Curieux. Non, je sais
pas.. Peut-être que c'est parce qu'ils n'ont pas l'habitude de
voir des Européens ! »
Trois goulées de bière plus tard, je relance.
« Oui, mais quand même,
c'est étrange, y'a pas mal de Russes et d'Américains à
l'université. Ils ont l'habitude de croiser des blancs ! »
« Hum... c'est pas faux... »
Hiroyuki fait pivoter son verre. Une fois, deux fois.
« Hum... j'ai peut-être
une explication en fait. Il y a aussi pas mal de Chinois et de
Coréens à l'université... »
« Oui... »
« Et, ce qui les
différencient des Russes et des Américains, c'est
qu'ils tentent d'apprendre et de parler le Japonais... Comme vous...
Par contre, les Russes ou les Américains ne font que rarement
cet effort. Même après dix ans passés au Japon,
ils ne parlent qu'anglais. »
« Ah oui, c'est vrai... »
« C'est peut-être ça
l'explication. Les habitants d'Aizu doivent trouver ça
vraiment trop étrange que des occidentaux baragouinent le
japonais. Du coup, ils en concluent que vous êtes Chinois. »




















