Six mois au Japon

Le carnet de bord de deux Français à Aizu-Wakamatsu

08 septembre 2007

Overdose de thé... vert

Je pensais pas que cela pouvait être possible mais Philippe et Anna l'ont fait. A force de boulotter des gâteaux au thé vert, des glaces au thé vert, des boissons au thé vert (chaude, froide, épaisse, légère), ils ont pris la couleur de cet ingrédient incontournable au Japon : malades et tremblants comme après avoir avalé une petite vingtaine de café.

Il faut dire, à leur décharge, qu'au pays du soleil levant, il est difficile de ne pas abuser de cette substance. Le thé vert est partout. Il constitue (avec les haricots rouges, une sorte d'ersatz du chocolat) le principal parfum des gâteaux et des mets sucrés. De plus, les Japonais ne boivent que très rarement de l'eau pure. S'ils achètent une boisson rafraîchissante, c'est souvent du thé vert non sucré (un peu amer, faut un peu de temps pour s'habituer). Du coup, à les voir faire, c'est vrai, on en oublierai presque que cette boisson contient de la théine.

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06 septembre 2007

Healthy ?

haricot_1« C'est quoi ça ? »
« Des haricots. »
« Mais c'est super gluant ! Ca fait des fils... on dirait qu'ils baignent dans du caramel... »
« Goûte ! Tu verras, ce n'est pas sucré... Et puis, c'est excellent pour la santé ! »
Jérôme ricane. Anna hésite mais finit par goûter. L'effet est immédiat : petit couinement, jolie grimace et larme à l'oeil. Elle cherche une serviette pour recracher ses haricots  Y'en a pas. Elle ferme les yeux, se concentre et  avale sa bouchée. Qu'est-ce qu'on est capable de faire quand même avec un peu de volonté !haricot_2
« Mais c'est immangeable ! »
« Oui mais c'est « healthy » ! »
Jérôme ricane de plus belle.

haricot_3Pour la petite histoire, la première fois que nous avons commandé cette monstruosité culinaire, nos amis japonais ont arboré un air sérieux, affirmant que ce met était excellent pour la santé. Ca nous a rendu perplexe. Ils n'ont donc demandé pourquoi cette soudaine hésitation. Réponse :
« En fait, en France, quand on prend le soin de préciser que c'est bon pour la santé, c'est souvent pas bon signe.... ça veut surtout dire que pas haricot_4bon en bouche... »
Nos Japonais ont ri de bon coeur.
« Hi hi. Non, au Japon, c'est pas le cas »
Tu parles... Emportés par leur enthousiasme, on a englouti, Jérôme et moi, une grosse bouchée (enfin, relativisons... Tout ce qui était possible d'attraper avec des baguettes) de haricots gluants : on a mis une bonne heure à s'en remettre. Reste que, pour l'heure, ces haricots sont le seul contre-exemple qui nous ayons rencontré du célèbrissime adage aizuien : tout ce qui est bon à la santé est bon en bouche !

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04 septembre 2007

Vins nippons

Les Japonais ne produisent pas que du saké et de la bière. Dans le restaurant italien de Kakunodate, nous avons goûté nos premiers vins rouges nippons. Et franchement, ils sont pas mal... enfin... si vous aimez boire du porto pendant le repas. Ces vins sont en effet très sucrés. Ça surprend un peu mais, à vrai dire, on s'habitue vite. Sur notre trajet, on a croisé quelques vignes sur le flanc des montagnes. On produit donc du vin au nord du Japon. Concernant le reste du pays, j'en sais rien.

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Japanese barman tradition

Petit truc à savoir. Si vous vous rendez dans un vrai bar japonais et que vous commandez quelque chose à boire, on vous servira derechef quelque chose à manger. Et pas des « cahouètes » et des « chipes ». Non, un vrai petit plat fait maison super bon. A noter que le prix de cette gourmandise, que vous la mangiez ou non, est toujours comprise dans le prix de la boisson... Alors, ne vous gênez pas pour l'engloutir. D'ailleurs, si vous allez assez vite et que la maîtresse de maison vous a à la bonne,  en général, elle vous ressert. 

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02 septembre 2007

Un oeuf au soufre ?

trio___l_aubergeQuel est le comble du comble pour un oeuf ? Peut-être de se faire cuire dans un bouillon d'eau soufrée. Apparemment, il s'agit d'une pratique assez répandue dans cette contrée nordique. A coté des résurgences d'eau chaude, il est courant de trouver des coquilles d'eau. De façon générale, la nourriture de cette partie du Japon est assez étrange. La plupart des aliments sont « soit gluants, soit gélatineux » dixit nos hôtes.

champignonDans une auberge, on a aussi trouvé un champignon tout simplement immangeable. Une éponge. Et le terme n'est pas simplement là pour la métaphore. Mordre ce truque, c'est vraiment comme croquer l'éponge du lavabo. Ca râpe la langue et ça vomit de l'eau par tous les orifices. Un enfer. A noter que cette auberge a de plus offert à nos visiteurs leur premier petit déjeuner nippon : au programme donc, poisson cuit, riz, soupe miso et une ribambelle de petits mets au goût puissant. Pas facile le matin.

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01 septembre 2007

Un typhon avec tes frites ?

Odeur de frite sur l'aire d'autoroute. Mais que se passe-t-il ? Les Japonais auraient-ils découvert la pomme dedistributeur_de_frites terre !
« J'ai trouvé d'où vient l'odeur ! Ils ont inventé le distributeur automatique de frites ! C'est pas dingue ça ? ! » Bah si, Philippe, c'est dingue. Après quelques minutes d'hésitation - l'appareil semble quand même vraiment suspect – nous commandons notre portion de frites à la machine. Celle-ci se met à ronfler et à vibrer.
« Tu crois qu'elle met les frites dans l'huile ? »
« Hum... Je pense plutôt qu'elle les passe au micro-onde »
Une forte odeur de carton chaud vient confirmer ces propos hautement philosophiques.

Trois minutes plus tard. Nous voilà avec notre barquette de frites molles, huileuses et au goût de carton (forcément). A peine mangeables mais, tout de même, meilleures que prévu. Tout mâchouillant, je laisse mon regard inspecter les angles de la bâtisse. Oups :
frites_carton Tiens, c'est bizarre, ce cercle au milieu de l'océan... C'est pas la signalétique pour marquer un typhon ça ? »
Trois paires de yeux ronds se tournent vers le poste de télévision qui diffuse en boucle les bulletins météo de la semaine.
« Si, je le crains... ils annoncent un typhon... »
« Oh non ! J'ai vraiment pas de bol. Il m'est arrivé la même chose pendant mes vacances à Cuba ! J'ai eu un typhon ! »
Trois paires d'yeux scrutent désormais Philippe en silence.
« Oui, enfin, il est loin encore... il peut encore dévier ».
Je sais pas pourquoi, en disant cela, j'y croyais qu'à moitié...

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21 août 2007

Euh... on fait comment pour manger ?

Jing_et_jerome_devant_un_restoUne fois, j'ai raconté qu'au Japon, il était très facile de passer commande dans les restaurants à cause de ces plats en plastique qui ornent la devanture de certains établissements. Bon, je vais un peu nuancer mes propos. Car, si ces reproductions sont courantes, elles représentent un coût non négligeable pour le restaurateur. Aussi, beaucoup de gargotes, les plus traditionnelles ou les moins riches, préfèrent s'en passer. En guise de palliatif, certaines  proposent alors une carte illustrée ou un menu plus ou moins bien traduit en anglais. Reste que si l'on souhaite vraiment sortir des sentiers battus et rebattus par les touristes et découvrir les vrais restos pour Nippons, là, les choses se gâtent. Vous vous retrouvez assis en tailleur, accoudé sur une table basse ou sur un comptoir, à lorgner un menu incompréhensible tout en attendant l'illumination.

Dans de telles situations, plusieurs possibilités s'offrent à vous. 1- Vous décidez de héler un serveur en espérant qu'il parle anglais (quelle naïveté, vraiment...). De facto, vous vous retrouvez engagé dans une tumultueuse partie de mime, type « Devine qui je suis ! »... A la désignation d'une ligne, le serveur - souvent très joueur - agite les mains et la tête. Il nage ? ! Non, il galope. « Un cheval ! Ce sont des sashimis de cheval ». Vous poussez un hennissement, vous vous ébrouez. Il rie et, satisfait de lui, confirme par un « Hai, Hai » (Oui, oui) et plusieurs hochements de tête. 1 point. A la ligne suivante, il écarte les coudes et fait des mouvements d'hélice avec les mains. Une tortue ? Non... peut-être pas quand même. Un poisson ? Dans l'instant, vous vous mettez à gober comme une carpe dans un bocal. Raté : l'homme secoue la tête et les mains. Il pose maintenant un index fléchi sous le nez et tient son coude avec l'autre main : il réfléchit. Ah ! Une autre idée. Le voilà qui bruite une explosion, non... un geyser ! Une baleine ! « Des sashimis de baleine ! ». Là, par contre, vous en tenez à un « ok ». Le cri de la baleine, c'est quand même difficile à réaliser sans trucage. Bref, si vous avez du temps, la solution 1 peut marcher tant que vous ne désignez pas un plat de pétoncle ou un ragoût « maison ». 2 – Vous vous en remettez au hasard et désignez n'importe quoi sur la carte (quelle confiance...). Avec Jérôme, on a tenté le coup une fois, dans un parc. Et au lieu de deux ramens (soupe de nouille nipponne, la spécialité du resto en question), on s'est retrouvé avec un coca et un café froid. Tu parles d'un exotisme... 3- Vous commandez la même chose que la table d'en face (copieur...). Ca, ça marche bien et, en plus, par la suite, les voisins se sentent très concernés par votre repas.

tableau_de_commandeReste qu'il est des restaurants où aucune des stratégies précédentes ne peut être appliquée. Ce sont des  cantines un peu froides où les Japonais mangent sur le pouce. Là, pas de serveur, juste une machine, un distributeur de ticket. L'idée est simple : à chaque bouton, correspond un plat. Il suffit de sélectionner son menu, de payer, de prendre le ticket émis par la machine et de le tendre poliment aux cuisiniers. Reste que quand on n'a pas un bac +5 en japonais, mention art culinaire, cette machine aussi élaborée qu'un jouet playskool premier âge se change en véritable instrument de torture psychologique. A éviter donc.

A noter que dans certains restaurants, les plus typiques, il n'y a pas de carte, pas de machine et pas de choix possible, le restaurateur vous servira ce qu'il a sous la main. Point barre. (PS: en tapant ce « point barre », je me suis demandée d'où, diable, pouvait sortir cette expression. Et en cherchant sur internet, je suis tombée sur un débat de « linguistes » qui m'a bien fait rire. Je vous mets le lien : ça mérite un coup d'oeil : http://www.langue-fr.net/index/P/point-barre.htm)

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16 août 2007

Et fantômes français...

bar_aizu2Qu'on le veuille bar_aizuou non, certains endroits sont hantés, et pas seulement par des fantômes japonais. Dans le quartier pour noctambules d'Aizu, en passant le pallier d'un bar, promis, l'espace d'une seconde, j'ai eu l'impression de voir Rico, accoudé au comptoir. Sans dec, ce bar a été pensé, conçu, construit, décoré pour toi. Même le maître des lieux - 55 ans, le marcel, les cheveux mi-longs, poivre et sel, la barbiche - ressemble à un vieux Jamaïcain sur le retour. Un lieu à fond roots/reggae, sauf peut-être concernant le prix des consommations...

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26 juillet 2007

Ames sensibles, s'abstenir

Poisson_vivantContrairement à une rumeur qui circule à Paris, les Japonais ne mangent pas que des soupes, du tofu et des nouilles, ils raffolent et abusent des sushis et de tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à du poisson cru. Aussi, jeudi soir, une poignée de chercheurs et d'étudiants nous ont amené dans l'un des meilleurs restaurants de poissons de Sendai. Tout heureux de leur initiative, ils ont commandé les trois quarts de la carte dont, évidemment, ces fameux sashimis, tranches de poisson que j'affectionne tout particulièrement. Le hic, c'est que cette fois, au lieu d'arriver comme à l'ordinaire sur leur lit de radis fraîchement découpés, les sashimis étaient installés sur un poisson encore vivant. Celui-ci, plongé pour moitié dans la glace, ouvrait de temps à autre la gueule : il suffoquait en direct sous les sashimis. De quoi rendre les tranches de poisson déjà moins appétissantes.

Trouvant quand même un peu cruel de laisser pareil animal agoniser simplement pour décorer un plat, je demandais à Hiroyuki, un collègue de Jérôme, si au moins, ce poisson allait au moins être mangé. Une remarque à laquelle il répondît avec douceur : "Oui, la tête et les os servent à faire des soupes." "Ah..." Puis il changea de conversation histoire que je quitte des yeux quelques secondes le plat central.

Au bout de quelques minutes, et parce que le plat de sashimis disparaissait à vue d'oeil, je me décidais quandPoisson_vivant_et_ses_propres_sushis même à laisser de côté ma sensiblerie pour goûter à la fierté locale. Je devais être en train de machouiller ma cinquième tranchette de poisson quand Jérôme, placé un peu plus loin dans la tablée, me lança enthousiaste : "Et tu sais ce que je viens d'apprendre ?!"; "Non, quoi? "; "Les sashimis ! Ils viennent du poisson !" ; "Euh, tu parles d'un scoop" ; "Non, tu comprends pas, ils viennent du poisson qui est dans le plat, celui qui est encore vivant !"

Silence.

Je me retournais vers Hiroyuki, lui jetant un regard mi-interrogateur, mi-accusateur. "C'est vrai ça?" Celui-ci, un peu gêné, prît ses baguettes pour sortir le poisson de la glace. Et effectivement, derrière la tête encore mobile du poisson, ne se trouvait plus qu'une carcasse dépouillée de ses muscles. "Tu sais, pour nous, avoir le poisson encore vivant dans l'assiette, c'est un gage de fraîcheur". D'accord mais de là à déguster la chair de l'animal sur son dos... c'est quand même sacrément pervers. "Et puis, un poisson, ca ne pleure pas... donc ca ne souffre pas vraiment." Tu parles d'un argument.

Poisson_hors_glaceBref, comme les Japonais attendaient, un peu perplexes, ma réaction, j'ai accepté un verre de saké en ajoutant qu'il était vraiment très bon (ce qui était vrai). Ca a soulagé tout le monde. "Ma foi, c'est une vraie femme japonaise," a ajouté un autre collègue nippon de Jérôme. Mouais, on va dire ça.

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06 juillet 2007

Zaru Sopa

C'est une spécialité de la région d'Aizu. Ces nouilles à la farine de sarrasin sont servies froides avec des algues nori au sommet. Elles sont présentées dans une assiette et sont placées au dessus d'un petit égouttoir en bambou. En pratique, on attrape les pates à la baguette, on les trempe dans un bol contenant une sauce salée au mirin (alcool de riz doux) avec du wasabi ou du gingembre et des tranches de petits oignons, puis on les aspire en produisant des sifflements goulus pour montrer qu'on les apprécie. Notez que c'est le seul plat qui fait exception à la discrétion japonaise ! Une fois le plat de nouilles fini, la sauce restant dans le bol peut être bue après avoir été mélangée avec l'eau chaude des pates.

Un vrai régal  !

Posté par jerome margueron à 04:16 - A boire et à manger - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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