05 septembre 2007
Matsushima et sa baie
Il
paraît qu'en voyant pour la première fois la baie de
Matsushima, Basho, un célèbre poète nippon, a
déclaré qu'il s'agissait là du plus beau paysage
qu'il lui avait été donné de voir. Bon, moi, ça
fait deux fois que je m'y rends et deux fois je ne comprends pas un
tel enthousiasme. Considérée par les Japonais comme la
troisième plus belle baie du Japon, la baie de Matsushima est
criblée de petites îles sculptées par la mer. Un
paysage censé rappeler celui de la baie d'Along au Vietnam.
Mais en version mini pouce alors. Bref, comme on m'a répété
quatre fois que mon non-intérêt pour cette baie ne
venait que du fait que je sois restée à terre lors de
ma première visite, nous avons décidé
d'effectuer la croisièr
recommandée dans l'anse de
Matsushima (pas à bord du bateau dragon...). En groupe, on a
moins de chance de s'ennuyer ! Eh bien, sachez que moins, c'est pas
aucune. Le seul truc intéressant dans cette navigation en
batterie, c'est que l'on peut nourrir les oiseaux et les voir de près
en plein vol.

Par contre, la ville de Matsushima, elle, est riche en monuments et centres d'intérêt. On y trouve l'un des plus imposants temples bouddhistes de la région (construit par Date, le samouraï borgne de Sendai) ainsi qu'un parc incroyable où des dizaines de petits bouddhas ont été sculptés dans les falaises calcaire.
Une gare peut en cacher une autre
« Eh
voilà ! On est arrivé à la gare de Matsushima
! »
« Non »
« Quoi
non ? »
« Non,
c'est pas possible »
« Quoi? »
« J'ai
jamais mis les pieds ici moi ! »
« Bah
si, forcément, la dernière fois, t'es arrivé en
train ! »
Moment
de doute.
« Oui,
mais c'était pas là. »
« Impossible,
c'est marqué en gros dans le fronton de la gare
: « MATSUSHIMA »! T'as oublié, c'est tout
! »
Gros
moment de doute. C'est un tout petit village...
Et je souviens de la gare ! C'est quoi ce délire ?
Crochet par le guichet de la gare.
« Monsieur
l'agent, on est bien à la gare de Matsushima là ? »
« Oui »
Gros
gros moment de doute.
« Je
comprends pas... je suis déjà venue ici mais je ne
reconnais rien. »
L'homme
compatit.
« Vous
voulez une carte ? »
« Euh
oui, merci... »
Il
trifouille derrière son bureau.
« Voilà,
on est là... »
« Je
comprends pas... la gare n'était pas là... »
Blanc.
Je garde les yeux rivés sur la carte en japonais.
« Vous
savez où dormir ce soir ? »
« Non,
pas encore... »
« Je
vous réserve une chambre si vous voulez ! C'est quoi
votre budget ? »
« C'est
gentil. 5 000 yens. On est quatre. »
Anna
me rejoint. L'homme consulte une sorte d'annuaire et appelle un
hotel.
« Une
seule chambre ? »
« Non,
plutôt deux si possible »
Un client souhaite acheter un ticket. L'agent s'en moque.
« C'est
trop tard pour le dîner. Avec ou sans petit-déjeuner ? »
« Avec. »
Le client s'impatiente puis se fait une raison.
« A
quel nom ? »
« Thivent »
« Tibon'
? »
« Oui,
Tibon', c'est ça... »
« Vous
pouvez y être d'ici une demie-heure ? »
« Oui,
on est en voiture. »
« Parfait.
Et voilà, deux chambres à moins de 5 000 yens au nom de
Tibon' ».
Sur
ce, il reprend la carte et dessine une croix à l'autre bout de
la ville, près du rivage.
« C'est
là, juste à côté de la gare ! »
Blanc.
« De
la gare ? Mais vous l'avez dessiné à l'autre bout de la
ville ! »
Blanc.
L'homme rougit.
« Euh,
oui. En fait, y'en a deux à Matsuhima des gares. »
Onsen, mode d'emploi
Nous quittons là la région des onsens. J'en profite donc pour vous donner une petit leçon de savoir-vivre dans les bains publics nippons. Tout d'abord, un onsen, c'est pas une piscine. Autrement dit, les maillots sont tricarts. Mais bon, la première fois, j'ai pas osé tout enlever. Du coup, j'ai fait mon entrée dans le grand monde du onsen en maillot de bain deux pièces : les petites filles en sont restées bouches bées ; les femmes, elles, ont ri gentiment. Des Nippones quoi...
Une
fois à l'intérieur, vous vous retrouvez dans une
atmosphère humide. Sur un côté, des femmes se
lavent, assises sur un tabouret ; sur l'autre, des femmes se
prélassent dans un énorme bain fumant, au parfum de
soufre (l'odeur n'est pas toujours très forte). Derrière
vous, vous repérez un sauna. Question : dans quel ordre
faut-il cocher chacune de ces étapes ? Le sauna, le bain puis
la douche ? La douche, le sauna puis le bain ? Bon, vous sortez d'une
piscine, vous vous sentez propre et vous n'avez pas envie de sortir
d'ici en sentant le soufre... Le bain d'abord. Les femmes rient à
nouveau. C'était pas le bon choix. Tant pis, vous prenez votre
air « j'assure un max et je me détends ».
Ca ne marche pas : une petite fille vous regarde, vraiment intriguée.
Elle finit par vous gêner, vous décidez d'aller vous
cacher dans le sauna. Une vieille dame, amusée, vous
accompagne et commence à vous taper la causette. Evidemment,
vous n'avez pas votre dico avec vous. Vous ne comprenez rien mais
vous continuez à lui sourire poliment.
Au
bout de dix minutes, vous sortez de là, rouge comme une
pivoine et, en plus, vous dégagez une forte odeur de soufre.
Cette fois, plus
d'hésitation, vous filez vers le coin douche. Vous vous
approchez donc des tabourets, en tirez un et manquez de vous étaler
lorsque la vieille dame du sauna crie « Ie! »
(Non!). Elle trottine comme elle peut jusqu'à vous, prend un
pommeau de douche et nettoie minutieusement votre tabouret. Elle fait
de même avec le siège voisin, s'y assoit et vous adresse
un très large sourire (il y a un je ne sais quoi de Séverine
dans son attitude). Elle reprend le fil de ses paroles, sûrement
là elle l'avait laissé dans le sauna, et commence à
remplir une petite bassine d'eau froide. Vous faites de même.
Il y a un miroir face à vous. Rouge pivoine. Vous faites
vraiment peine à voir. Les bassines sont pleines. La dame vide
la sienne sur l'épaule. Vous grimacez mais l'imitez quand
même. Sur ce, vous saisissez le pommeau de douche et réglez
vous-même la température de la douche. La dame rit et
continue son petit rituel à l'eau froide. Le savon. Où
est le savon ? Scan du regard. Trois flacons différents en
face. Un quatrième, plus petit, sur la gauche et un cube noir
sur la droite. Les inscriptions, quand il y en a, sont en japonais.
Vous offrez une moue désespérée à votre
compagne qui vous explique le tout grâce à la célèbre
technique du « je pointe et je mime » : le
savon liquide, le shampoing, l'après-shampoing, le petit pour
se laver le visage et le cube pour la corne des pieds. Oki. C'est
parti pour la douche. Une fois rincée, vous pensez sincèrement
avoir accompli votre mission. Vous saluez votre ange-gardien, vous
vous levez et retournez au vestiaire, toujours en maillot de bain.
Les femmes vous regardent partir avec surprise. Question : pourquoi ?
Parce que vous avez tout fait à l'envers.
Dans
un onsen donc, il faut commencer par se laver longuement, passer au
sauna (facultatif), se rincer, trempouiller un moment dans les bains
(y plonger les cheveux et le visage), se laisser sécher sur le
bord du bain puis sortir (avec ou sans rinçage). Le but du
jeu, en fait, est de dormir
une nuit en gardant les minéraux de ces bains sur soi. Et le
lendemain, promis, vous avez la peau super douce et les cheveux
ultra-soyeux. A noter que, souvent, dans les vestiaires des onsens,
vous avez à disposition toute une batterie de produits de
beauté (En rapide : 1- Cleaning lotion ; 2- Tonic lotion ; 3-
Milk lotion), ainsi que des sièges de massage. Impossible de
ne pas aller se coucher après ça.
Autre information importante : dans beaucoup d'onsen, on vous fournit une sorte de petite serviette de bain. Attention ! Ceci n'est pas une serviette pour les mains ! C'est une sorte de gant de toilette. Une invention géniale : ce machin fait mousser le savon, enlève vos petites peaux mortes et, bien essoré, vous permet de vous sécher - nous, on ne peut plus s'en passer. A noter que lorsqu'elles sont dans les bains, les femmes portent souvent cette serviette pliée sur la tête. C'est moyennement glamour (quoique) mais ça évite que ses « gants serviettes » traînent partout. Voilà. Qu'est-ce que j'ai pu oublier... Ah oui, au nord, dans les onsens vraiment traditionnels, les bains publics sont mixtes. Ca peut surprendre.
Proverbe japonais 3
Celui qui confesse son ignorance la montre une fois ; celui qui essaye de la cacher la montre plusieurs fois.




















